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P.Ariès: L’antiproductivisme, la décroissance,c’est pas un gadget pour des gosses de riches

Paul Ariès aux ateliers de la planification écologique (2010)

Paul Ariès aux ateliers de la planification écologique (2010)

Aux marges « des ateliers de la planification écologique, viv(r)e la gratuité des services publics » organisés par la communauté d’agglomération des lacs de l’Essonne, Paul Ariès nous a accordé un entretien avec comme sujets, décroissance, travail, et  gratuité. 

 

Le Bruit et la Fureur : Paul Ariès bonjour, lorsqu’on entend parler de décroissance, on cherche à nous mettre en tête, la récession, le retour à la bougie… Mais au fond, qu’est-ce que la décroissance ?

Paul Ariès : Je dirais que la décroissance c’est avant tout en faveur des plus pauvres, la première des décroissance, ce doit être la décroissance des inégalités sociales.

Je dirai que la décroissance, c’est un mot obus qui sert tout simplement à dire que la solution c’est pas le toujours plus, c’est pas le plus de production, le plus de consommation, ou le toujours plus vite. La décroissance, c’est également le retour des partageux, dire qu’on sait que le gâteau planétaire, le PIB ne peut pas grandir démesurément. Donc la grande question aujourd’hui, c’est de changer sa recette pour pouvoir tout simplement tous vivre, frugalement certes, mais de façon sécurisée.

 

 

La valeur travail, est-elle est à la bonne place dans notre société actuelle, et quelle serait sa place dans une société idéale ?

La décroissance est aussi un enjeu anthropologique, un enjeu humain, et c’est vrai que les milieux de la décroissance remettent en cause la centralité du travail . Pour nous, ce qui semble essentiel, c’est de dire que ce qui doit être au cœur de nos réflexions et de nos engagements, c’est la fabrique de l’Humain.

Par exemple aujourd’hui, dans le domaine éducatif, on a une sorte de fuite en avant vers les nouvelles technologies, vers l’informatisation, nous on pense que notamment dans les établissements déstructurés, ce dont on a besoin, c’est peut-être de deux adultes par classe, et non pas de la « wifisation » des établissements, donc mettre l’Humain au cœur de la pensée, au cœur des engagements, ça passe par des choses tout à fait concrètes.

 

 

Quel message peux tu adresser à la gauche ?

Je crois que quand on fait l’Histoire de la gauche, ce que j’ai essayé de faire dans mon bouquin sur la simplicité volontaire [La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance, éditions la découverte. NDB], on se rend compte qu’il y a toujours eu deux gauches, il y a toujours eu une gauche productiviste, qui a été dominante, celle qui avait foi dans le développement de l’économie, et cette gauche productiviste, elle a aujourd’hui du plomb dans l’aile, parce qu’elle ne peut pas promettre, je dirais le « pays de cocagne », le mythe de l’abondance à huit milliards d’humains.

la simplicité volontaire

Et puis il y a toujours une deuxième gauche, une gauche antiproductiviste, qui plonge ses racines très, très loin dans les résistances populaires, à ce qu’on appelait « la modernité ». Je vais dire ces luttes pendant près de deux siècles des paysans refusant le passage de la faucille à la faux, parce que derrière ça, c’était la défense d’un mode de vie « Le droit à la paresse » de Paul Lafargue, « Les sublimes » ces ouvriers hautement qualifiés qui à la fin du dix-neuvième siècle, choisissaient de travailler le moins possible, et qui fêtaient ce qu’ils appelaient « La Saint Lundi », parce que les lundis, au moins les cabarets étaient ouverts. Et puis dans les années 60-70, ça a été la revendication par exemple, du « Vivre et travailler au pays » . Cette gauche antiproductiviste, elle a toujours été ridiculisée, moquée, eh bien je crois qu’aujourd’hui, cette gauche antiproductiviste elle n’a plus a être pessimiste, elle doit devenir optimiste. Et pour moi le grand combat aujourd’hui de la gauche, c’est de redevenir, enfin, une gauche antiproductiviste.

 

 

Tu es, par ailleurs, rédacteur en chef du journal « La vie est a nous ! Sarkophage ». Qu’est-ce que c’est que « Le Sarkophage » ?

Alors « Le Sarkophage », c’est un journal qu’on a lancé le 14 juillet 2007, bien sûr ni le jour, ni l’année ne sont indifférents. « Le Sarkophage » se donnait deux objectifs. Un d’être un analyseur du sarkozysme, mais ça je dirai qu’on n’y arrive pas très bien, parce qu’il va trop vite, il déconstruit trop vite effectivement, ce que les peuples ont conquit, acquit pendant près d’un siècle. Et puis « Le Sarkophage » se veut aussi un instrument de convergences entre les différentes familles des gauches antiproductivistes et les écologistes anti-libéraux.

La vie est nous, le sarkophage N°35 mars-avril 2013

La vie est nous, le sarkophage N°35 mars-avril 2013

Et là dessus, je dirai que ça progresse. Je crois qu’effectivement, on assiste enfin à la possibilité de se retrouver sur des notions fortes, comme par exemple, la notion de gratuité. Mais cette gratuité, ça doit être nécessairement une gratuité qui est construite économiquement, culturellement, politiquement. Puis j’aurai tendance à dire que l’antiproductivisme, la décroissance, c’est pas un gadget pour des gosses de riches. Aujourd’hui quand on regarde ce qui se passe en Équateur, en Bolivie, on se rend compte que les mouvements Amérindiens, je dirai ceux qui sont tout en bas dans la société avancent un mot d’ordre qui est celui du « Buen Vivir », du bien vivre, eh bien le « Bien Vivre » c’est pour moi tout simplement l’écologie , mais c’était aussi le programme du Conseil National de la Résistance, satisfaire d’abord les besoins sociaux fondamentaux.

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J’ai réalisé cet entretien pour La Télé-de-Gauche77, le Samedi 27 Novembre 2010, Nicolas Sarkozy était encore président, ce qui n’enlève rien à la qualité et à la pertinence de des réponses de Paul Ariès.

 

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1 comment

4 pings

  1. Guy Liguili

    Interview intéressante.
    Par compte le terme « décroissance » est contreproductif car la décroissance c’est aussi celle de nos pouvoirs d’achat, de nos soins de santé, de notre éducation, de notre système social. Alors même si la décroissance de Paul Ariès n’est pas celle-ci, on ne peut s’empêcher de lui répliquer : « La décroissance, ça fait 30 ans qu’on la vit ! »

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